dimanche 8 juillet 2012

Une initiative citoyenne : le Manifeste pour un humanisme contemporain

En surfant sur la Toile, on découvre parfois avec plaisir des initiatives citoyennes originales, comme ce Manifeste pour un humanisme contemporain. Ce manifeste, s'il se prête au genre relancé avec succès par Stéphane Hessel avec son livre Indignez-vous !, a pour originalité de proposer aux signataires d'échanger leurs idées sur les actions à mener, dans la vie de tous les jours, pour mettre en pratique les valeurs auxquelles ils adhèrent.


www.humanisme-contemporain.com

J'ai apprécié notamment l'existence d'une boîte à idées, qui permet aux particuliers et aux associations de proposer diverses formes d'engagements pour ceux qui auront la volonté de s'investir dans une action humaniste mais ne sauraient pas quoi faire concrètement. N'hésitez pas à poster vos idées !

Si l'on sait, depuis le soutien de Sartre au communisme dans les années 1950, que les engagements les plus sincères peuvent être des erreurs, l'engagement proposé par ce manifeste n'est pas politique mais citoyen. Deux exemples montrent que l'avancée des droits humains traverse et transcende la bipolarisation de la vie politique française :

  • Le 17 janvier 1975, Simone Veil fait adopter la "loi Veil" pour la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Le droit à l'avortement est aussi une victoire pour dans la maîtrise des femmes de leur corps et de leur maternité. Sept mois plus tard, le président Valérie Giscard d'Estaing promulgue une loi pour faciliter le divorce. Or, Simone Veil était une femme de centre-droit (UDF).
  • Le 9 octobre1981, Robert Badinter obtient l'abolition de la peine de mort en France. Robert Badinter était membre du Parti Socialiste. L'année suivante, il conduit l'abrogation d'une loi, créée sous le régime de Vichy : les relations sexuelles entre personnes homosexuelles sont dépénalisées, en ramenant l'âge légal de 18 ans à 15 ans comme chez les personnes hétérosexuelles.


Pour paraphraser une citation célèbre, "La politique n'a pas la monopole du coeur" ;)



samedi 7 juillet 2012

L'Europe mal-traitée


L'Europe mal-traitée - Refuser le pacte de stabilité et ouvrir de nouvelles perspectives

Le dernier ouvrage des économistes atterrés analyse le "Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance" (TSCG) du 2 mars 2012.

Pages 76 et suivantes, les économistes explique la théorie de "déflation interne", également connue sous le nom de désinflation compétitive, qui correspond au fonctionnement actuel de l'Union européenne, avec une monnaie forte et une Banque centrale européenne indépendante. Cette théorie, déjà appliquée par la France et l'Allemagne par le passé, consiste à baisser les prix et les salaires pour obtenir les effets similaires à ceux d'une dévaluation de la monnaie, c'est-à-dire une main d'oeuvre peu coûteuse et des exportations à bas prix. Le but étant de devenir plus compétitif et de gagner des parts de marchés sur les autres pays.

"En l'absence d'une augmentation rapide de la productivité dans ces pays, il s'agit surtout de faire baisser tous les prix et surtout les salaires, de 10% à 30% selon les cas, pour gagner en compétitivité par rapport aux pays du Nord, et en particulier par rapport à l'Allemagne.".

Cela pose cependant quatre problèmes :


  • Les prix baisseront-ils aussi vite que les salaires ou perdrons-nous en pouvoir d'achat ? En diminuant les salaires, on diminuera également la consommation. Or, certaines économies, comme celle la France, fonctionne beaucoup avec la demande intérieure et l'offre de services...
  • Une politique de l'exportation ne fonctionne pas sans produits à exporter. En attendant le changement de modèle économique et la restructuration industrielle, le chômage augmentera de manière importante comme on l'observe déjà en Grèce et en Espagne. Le Premier ministre portugais vient récemment de conseiller aux jeunes de partir...
  • Si les prix diminuent progressivement, il n'y aura plus intérêt à investir, les acheteurs préféreront attendre que le produit baisse, il y aura un ralentissement de l'économie. Certains seront tentés de spéculer sur le long terme, d'autres de revendre tout de suite pour ne pas trop perdre...
  • Si un pays de la zone euro pratique la déflation interne, elle redevient compétitive par rapport aux autres. Mais si tous les pays pratiquent cette politique, il n'y aura plus personne pour acheter les produits des autres. Certains imaginent une Europe à deux vitesses : une augmentation de salaires dans les pays du Nord de l'Europe et une diminution du salaire dans les pays du Sud...


L'ouvrage entre en résonance avec le pacte budgétaire européen approuvé par le parlement allemand le 29 juin 2012. Mais le pacte n'est pas encore signé : en Allemagne, l'opposition a saisi la Cour constitutionnelle, et en France, le Parlement doivent encore ratifier le traité. François Hollande souhaite que le Conseil constitutionnel soit également saisi, après avis du Conseil d'Etat. Les contraintes budgétaires imposées par l'UE pourraient en effet entrer en conflit avec la Constitution.

Manifeste des économistes atterrés



Après le succès du manifeste de Stéphane Hessel, Indignez-vous !, c'est au tour des économistes de publier un livre petit format, d'une soixantaine de pages, à l'attention des politiques et des citoyens : le Manifeste des économiste atterrés (ed. Les Liens qui Libèrent, Mayenne, 2010).

Ce manifeste, signé par 630 économistes, a le mérite de proposer des solutions pour chaque problème soulevé, comme cela est indiqué par son sous-titre : "Crise et dettes en Europe : 10 fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l'impasse."

Selon le texte placé en introduction, "Les économistes doivent assumer leurs responsabilités vis-à-vis de la société. La plupart des "experts" qui interviennent dans le débat public le font pour justifier l'actuelle soumission des politiques économiques aux exigences des marchés financiers" (p. 8).

Ce que les "experts" ne remettent pas en cause, ce sont les préjugés suivants que tâcheront de démonter les auteurs de ce manifeste :


1 - Les marchés financiers sont efficients : à l'inverse du processus régulateur de l'offre et de la demande, les marchés financiers favorisent la hausse des prix (promesse de rendement accru, promesse de bonus pour les traders).
Pour contrer cela, on peut limiter les activités financières (et en particulier celle des banques) et/ou les bonus des traders.


2 - Les marchés financiers sont favorables à la croissance économique : "aujourd'hui, globalement, ce sont les entreprises qui financent les actionnaires au lieu du contraire" (p. 17). Le retour sur investissement [[ROE : Return Of Equity]]) demandé aux entreprises placées en bourse est fréquemment de 15 à 25%.
Les mesures proposées : renforcer les contre-pouvoirs dans l'entreprise, imposer les très hauts revenus, développer une politique publique du crédit.


3 - Les marchés sont de bons juges de la solvabilité des Etats : "l'évaluation financière n'est pas neutre, elle affecte l'objet mesuré, elle engage et construit le futur qu'elle imagine" (p. 22), à la manière d'un sondage d'opinion.
Les solutions proposées : réglementer l'activité des agences de notation, garantir la solvabilité des Etats par le rachat des titres publics par la Banque Centrale Européenne.


4 - L'envolée des dettes publiques résulte d'un excès de dépenses : "La dette publique (...) provient largement non pas d'une tendance à la hausse des dépenses publiques - puisqu'au contraire, celles-ci, en proportion du PIB, sont stables ou en baisse dans l'Union européenne depuis le début des années 1990 - mais de l'effritement des dépenses publiques, du fait de la faiblesse de la croissance économique sur la période, et de la contre-révolution fiscale menée par la plupart des gouvernements depuis vingt-cinq ans." (p. 26).
Question posée par le manifeste : quelle est l'identité des détenteurs de titres de la dette et pour quels montants ? Pour rappel, la France perd {chaque année} 40 milliards dans le remboursement des {intérêts} de la dette, "presque autant que les recettes de l'impôt sur le revenu" (p. 34).


5 - Il faut réduire les dépenses pour réduire la dette publique : "Ce qu'oublient évidemment les partisans de l'ajustement structurel européen, c'est que les pays européens ont pour principaux clients et concurrents les autres pays européens (...). Une réduction simultanée et massive des dépenses pubiques de l'ensemble des pays de l'Union ne peut avoir pour effet qu'une récession aggravée et donc un nouvel alourdissement de la dette publique." (p. 30).
Propositions : maintenir ou améliorer le niveau des protections sociales pour développer la consommation des ménages ; accroître les dépenses publiques dans l'éducation, la recherche, la reconversion écologique... qui sont autant d'investissements à long terme.


6 - La dette publique reporte le prix de nos excès sur nos petits-enfants : le manifeste d'écrit ce qu'il appelle {l'effet jackpot} : "avec l'argent économisé sur leurs impôts, les riches ou pu acquérir des titres (porteurs d'intérêts) de la dette publique émise pour financer les déficits publics provoqués par les réductions d'impôts." (p. 34).
Mesures proposées : suppression des niches fiscales ; augmentation du taux d'impôt sur le revenu pour redistribuer la richesse ; supprimer les exonérations consenties aux entreprises quand il n'y a pas d'effet sur l'emploi.


7 - Il faut rassurer les marchés financiers pour pouvoir financer la dette publique : "depuis Maastricht, les banques centrales ont interdiction de financer directement les Etats, qui doivent trouver prêteurs sur les marchés financiers. Cette "répression monétaire" accompagne la "libération financière" et prend l'exact contrepied des politiques adoptées après la grande crise des années 1930, de "répression financière" (...).
Propositions du manifeste : autoriser la BCE à financer les Etats ; restructurer la dette publique.


8 - L'Union européenne défend le modèle social européen : "l'Europe aurait dû se donner l'objectif de promouvoir le modèle social européen (...). Cependant, l'Europe n'a pas voulu assumer sa spécificité (...). la liberté de circulation des capitaux a été accordée aux investisseurs du monde entier, soumettant le tissu productif européen aux contraintes de valorisation des capitaux internationaux. La construction européenne apparaît comme un moyen d'imposer aux peuples des réformes néolibérales" (pp. 41-43). De quelle manière ? En privant "les pays de toute autonomie en matière de politique monétaire comme en matière budgétaire" (p. 43), tandis que "les différences de situation entre les pays ne sont pas prises en compte" (p. 43).
Un mouvement de résistance permit de faire échec à la directive Bolkenstein fut un échec, et "la plupart des pays s'opposaient à l'européanisation de leurs politiques fiscales ou sociales".
Solutions éventuelles : permettre aux pays de l'UE de négocier des accords multilatéraux ou unilatéraux ; fixer de Grandes orientations de politique sociale (GOPS).


9 - L'Euro est un bouclier contre la crise : " La zone euro aurait dû être moins touchée que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni par la crise financière (...). Mais la zone euro souffrait d'un creusement des déséquilibres : les pays du Nord (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, pays scandinaves) bridaient leurs salaires et leurs demandes internes et accumulaient des excédents extérieurs, alors que les pays de la périphérie (Espagne, Grèce, Irlande) connaissaient une croissance vigoureuse impulsée par des taux d'intérêt faibles relativement aux taux de croissance, tout en accumulant des déficits extérieurs." (p. 49).
Mesures proposées : réduire les déséquilibres entre les pays; organiser des prêts entre pays européens ; établir un régime monétaire intra-européen de type bancor.


10 - La crise grecque a enfin permis d'avancer vers un gouvernement économique et une vraie solidarité européenne : "les spéculateurs ont perçu les failles de l'organisation de la zone euro. (...) les pays de la zone euro dépendent totalement des marchés financiers pour financer leurs déficits. Du coup, la spéculation a pu se déclencher sur les pays les plus fragiles de la zone : Grèce, Espagne, Irlande (...). Toutefois, en mai 2010, la BCE et les pays membres ont dû créer dans l'urgence un Fonds de stabilisation pour indiquer aux marché qu'ils apporteraient ce soutien sans limite aux pays menacés." Mais "Sous pression du FMI et de la Commission européenne, la Grèce doit privatiser ses services publics et l'Espagne flexibiliser son marché du travail. Même la France et l'Allemagne (...) ont annoncé des mesures restrictives." (pp. 53-54).
Les risques sont les suivants : "La diminution des dépenses publiques va compromettre l'effort nécessaire à l'échelle européenne pour soutenir les dépenses d'avenir (...) Les recettes fiscales vont chuter. Aussi, les soldes publics ne seront guère améliorés, les ratios de dette seront dégradés, les marchés ne seront pas {rassurés} (...). Le risque d'enclencher une dynamique de repli sur soi généralisé est réel" (pp. 56-57).
Les propositions : "les pays excédentaires du Nord et du centre de l'Europe doivent mener des politiques expansionnistes - hausse des salaires, dépenses sociales... - pour compenser les politiques déficitaires des pays du Sud" (p.55) ; mettre en place une fiscalité européenne autour de la taxe carbone et de l'impôt sur les bénéfices par exemple ; lancer un plan européen pour la reconversion écologique par souscription auprès du public ou par création monétaire de la BCE.